
BloodyFinger : une petite nouvelle à la Stephen KinG
Friday, 30 October 2009
Salut à tous ! En fouillant dans mes archives et mes skuds rayés, j'ai retrouvé pas mal de petites choses intéressantes, notemment une petite nouvelle écrite en 2002 : BloodyFinger.
Bon, je n'ai pas un talent d'écriture exceptionnel et le thème abordé a déjà été developpé de nombreuses fois, mais cette histoire a un charme que j'affectionne particulièrement. Comme je n'ai pas de news transcendantes, je me suis dit que çà serait cool de la publier pour Halloween. Bonne lecture...
B L O O D Y F I N G E R
*
A quel genre de choses pouvait-on penser dans ces moments là ?
Une perceuse qui s’enfonce dans le crâne.
Au loin, la foule criait, applaudissait, s’électrisait de plus en plus. L’ambiance était indéniablement hystérique. Il ressentait cette sorte de bourdonnement acide qui résonnait dans sa tête. Il essaya en vain de se masser les tempes mais son estomac noué était à présent dur comme du béton. Pourtant, à peine une heure auparavant, assis sur un fauteuil, on le maquillait. Il trouva la situation plutôt amusante sur le coup, lui qui n’avait jamais quitté sa banlieue misérable. Mais maintenant, ce drôle de sentiment... Ce sentiment d’avoir été cuisiné telle une volaille juste avant d’être mangée. Sauf que la cuisson là, sera lente. Longue et douloureuse... Faire marche arrière ? Non, il l’avait fait et c’était de toute manière la seule solution. Et puis il avait signé. Que dirait la production ? Trop tard...
Autant prendre le bon côté des choses, ce soir c’était lui la star, non... un héros. Les lumières se tamisaient de plus en plus avant de s’évanouir dans l’obscurité la plus totale. Les gens présents de l’autre coté, ne chuchotaient déjà presque plus... Il avait envie de pleurer. La peur ? Bien plus... Dans cet océan de silence, une voix déchirante et énergique retentit.
"Bonsoir chers téléspectateurs pour le dernier rendez-vous de l'année de votre jeu favori : BLOOODYFINGEEER !!! Avec votre animateur préféré et sanguinaire, moi : Kevin Bloodygunshot, qui souhaite à l'avance un joyeux Noël à tous mes fans !"
La foule en délire hurla de plus belle. Le présentateur le plus célèbre des Etats-Unis, comme dans tous ses shows, venait de faire une apparition soudaine et virulente. Il continua son speech sans laisser son publique en haleine, lumières et musique déferlèrent dans cette salle gigantesque. Stroboscopes et compagnie gigotaient dans tous les sens, la mise en scène
était quasi parfaite. Mais qu’allait-il se passer ce soir ?
Arrête de t’en faire, vieux. Tu vas gagner ! T’es un héros !
- Je vais... dit-il d’une voix affaiblie. Il avait vomi. Pendant que les hôtesses nettoyaient le sol et lui donnaient un pantalon de rechange ainsi que des chaussures, on pouvait entendre :
"Avant l'arrivée de notre candidat, voici un bref résumé récapitulatif du principe de l'émission pour tous ceux qui ne le connaîtraient pas encore. Chaque candidat qui arrive ici sur ce plateau doit répondre à 10 questions, chacune d'entre-elle représente la somme de 2o000 dollars, mais attention ! Pour que le joueur remporte le pactole il doit miser ses doigts... Ah! Ah ! Autrement dit, une réponse bonne : 2o000 dollars, une réponse fausse : un doigt coupé ! Evidemment, le candidat peut se retirer à tout moment s'il le désire, mais comme dans tout pari il perd dès lors toute somme provisoirement gagnée."
Avec un certain plaisir morbide et un sadisme à toute épreuve, ce présentateur obscur aimait répéter tous les jours comme une prière que l’on fait avant le repas du soir, le principe de cette émission, de ce jeu si ignoble. Où était le mal après tout ? Il faisait simplement son job. Il aimait énormément son métier et les gens aimaient regarder çà... Les caméras braquées sur lui diffusaient son image dans le monde entier. La télé, les médias le divinisaient et pour participer à l’émission comme spectateur, il fallait faire une demande de 7 à 9 mois à l’avance.
Comment la masse pouvait prendre conscience de quoi que ce soit ? La télévision était un puissant moyen pour contrôler à distance des cerveaux et les programmer à consommer encore plus et toujours d’avantage, en leur disant, chaque jour, ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est utile ou pas... Comment prendre du recul ? Peut-être lorsque l’on est assis dans un coin, que l’on vient de vomir et que l’on se rend compte trop tard que l’on a signé...
Mais aujourd’hui, une petite nouveauté, un petit plus bien abrutissant pour les périodes de Noël, ce genre de choses qui vous fait dire, "çà c’est bien" !"...
"Mais pour vous montrer notre bonne foi, exceptionnellement, ce soir, pour vous, l'argent qui ne sera pas gagné sera directement déversé et offert à l'association des enfants les plus défavorisés des USA pour qu'il puisse connaître eux aussi un joyeux Noël.
Merciiii publique !"
Effectivement, on pouvait dire "çà c’est bien" !
Excité, Kévin Bloodygunshot était en pleine extase, et son fameux publique aussi. Il en perdit même quelques mots, mais personne ne semblait s’en apercevoir. On buvait ses mots comme un bébé téterait le sein de sa mère...
"Ah ! J'oubliais de vous présenter là-bas à ma droite : 'Cerbère !', le chien mangeur de doigts le plus affamé des Etats-Unis et pour notre plus grand plaisir ! Et à ma gauche, la belle, la ravissante, la plus sexy des infirmières en maillot de bain : Katya ! Qui s'assurera bien entendu que notre candidat ne ressente aucune douleur lors des mutilations. Le jeu peut à présent commencer, veuillez accueillir et applaudir avec moi le candidat du jour :
Riiiiiiiichard ! "
Dans la salle, le publique imitait le bruit du chien 'wouahf ! Wouahf !' sitôt après que Kevin eu prononcé le mot 'Cerbère'. Certains gloussaient en regardant la call-girl qui servait d'infirmière pour l'occasion. Dès qu’il entendit son prénom, il se leva péniblement et marcha en chancelant vers le rideau. Le rideau se leva et le jingle retenti :
Bloodyfinger, le jeu qui fait peur
Bloodyfinger, ça va faire un malheur
Bloodyfinger, les gens y z'ont pas d'cœur
Bloodyfinger, et ben tes doigts y meurent !
Le publique le siffla. Il était pauvre c’était normal. Il avança encore un peu et découvrit pour la première fois le présentateur d’aussi près. Il se demanda même un court instant si l'image que l’on voyait de Kevin à la télé n’était pas refaite sur ordinateur... Katya tortillait du cul, Cerbère pionçait dans son coin, Kevin semblait défoncé. Il était coiffé d’une banane violette et portait des vêtements très kitsch des années 60, un peu à la Elvis Presley. Des dents impeccables et une grande gueule. Il brandissait son micro comme s’il s’agissait d’un sabre et fit signe à Richard d’aller à sa place derrière le pupître. On lui attacha les pieds et une seule main pour le moment. C’était dans le contrat, c’était la règle, c’était le jeu. Une fois fini, Kevin pris ses fiches de sa poche de derrière et expliqua aux téléspectateurs...
"Richard nous vient du Maine, il est âgé de 34 ans et qu'est-ce qu'il fait dans la vie ? Il est pianiste ! Richard n'a jamais connu de situation financière et professionnelle stable et c'est pourquoi sa motivation ce soir est exemplaire : sa femme Virginie, au chômage depuis 5 ans, a récemment été contaminée par le virus du sida ! Richard va donc tout faire pour
gagner la somme nécessaire permettant de financier le traitement Kz11 afin de sauver sa femme. Applaudissez Richard ! C'est beau l'amour !"
Virginie... Richard se souvenait de la première fois qu’il l’avait embrassé. C’était une princesse venue de n’importe quel conte oublié. Avec elle, il aurait pu oublier ou supporter n’importe quelle banlieue pourrie. Il l’aimait plus que tout, c’était sa partie céleste, son paradis. Et ce soir, en héros il allait tout faire pour la guérir. Médecins et chercheurs avaient trouvé enfin le moyen de créer un contre virus, le virus Kz11. Son but ? Détruire le sida. Les dégâts causés par la maladie resteraient, mais au moins le virus ne serait plus là et avec le temps elle pourra guérir complètement. Richard
était plein d’espoir même si le traitement était hors de prix. BloodyFinger en valait la chandelle, il fallait agir vite et il n’y avait pas d’alternative. Richard fut arraché à ses souvenirs. Kevin Bloodygunshot se tenait là devant lui, narquois.
- Richard êtes-vous prêt ? Hurla-t-il. Nous allons commencer par la main gauche, la main du cœur pour 5 questions sur votre vie privée. Nous vous rappelons cependant que toute l'équipe de Bloodyfinger a réalisé de nombreuses recherches à votre sujet et qu'il vous est donc déconseillé pour votre propre intérêt de mentir à un quelconque moment.
Un petit instant en suspens, l'air sérieux et grave, puis il reprit avec sa bonne humeur légendaire :
- 1ère question : Le pouce ! Richard, juste entre vous et moi et... quelques millions de téléspectateurs ! Comment votre femme a-t-elle attrapée le sida ?...
Richard eu l'impression de tomber du dernier étage d'un building de New-York. Il s'y attendait, mais pas à ce point là. Il rassemblait ces forces et réussit à répondre.
- Bonne réponse ! Elle s'est PROSTITUEE !!! 2o000 dollars, vous gardez votre pouce.
Le publique applaudit. Le présentateur continua à poser les questions.
- 2ème question : L'index ! A votre avis pourquoi l'a-t-elle fait ? Elle se droguait ?...
Pourquoi ??? Mais c'est un piège ! Qu'est-ce que j'en ai à foutre de savoir pourquoi ! Je l'aime et il faut la guérir !
Déconcerté, Richard balbutia, ce qui amusa énormément le présentateur.
- Quoi ? Vous n'avez pas cherchez à savoir ? Bien sûr vous l'aimez mais réfléchissez encore tout de même ! Le temps est malheureusement écoulé... Katya, je crois que vous pouvez venir... Chers téléspectateurs, Cerbère vient de manger sous vos yeux l'index de Richard et 2o000 dollars viennent d'être déversés dans la cagnotte des enfants défavorisés !
Ce fut finalement assez bref. Le temps de faire une petite piqûre anesthésiante, de sortir la lame, de l'enfoncer dans la chair, casser l'os et d'arracher le doigt. Avec les ciseaux, Katya coupa les tendons et la chair qui pendaient à l'extrémité du moignon. Puis on donna le doigt coupé à Cerbère, le bouledogue qui pionçait tout à l'heure. Il l'avala d'une traite.
- Quelle était la bonne réponse ? La femme de Richard s'était prostituée pour pouvoir lui offrir un piano à Noël ! Elle voulait lui faire la surprise ! Richard vient de fondre en larmes, que d'émotion sur le plateau de Bloodyfinger !
Bande d'enfoirés !
- 3ème question : Le majeur ! Selon vous, qui a bien pu contaminer votre femme ?
Richard regardait sa main sans son index. Elle saignait énormément. Il sentit sa tête tourner...
La piqûre... c'est la piqûre. Ils t'ont drogué. Drogué ! Ce jeu est truqué ! Jamais tu ne sauveras ta femme...
Richard tenta de reprendre connaissance mais fut soudainement pris de panique.
- Allons s'il vous plaît calmez-vous très cher, vous le connaissez. Et bien c'est votre frère ! En fait il l'a violé... Belle vengeance, non ? Richard, on va vous couper le majeur. Bon appétit Cerbère !
On lui arracha le majeur. C'était son frère ? Comment pouvaient-ils savoir ? Son frère avait bien eu le sida mais il était mort depuis... 3 mois.
- 4ème question : L'annulaire. Entre-nous, quel genre de relation sexuelle avez-vous eu avec votre femme ces derniers temps ? Ca dû être pénible, non ? Osiez-vous la pénétrer ?...
Richard venait de comprendre. Il avait lui aussi contracté la maladie. Comment sa femme a t-elle pu lui cacher sa maladie pendant 3 mois ???...
- Richard, écoutez le publique, il aime ça ! Il vous acclame ! Alors ? Fellations ?
Comment la masse pouvait prendre conscience de quoi que ce soit ? Comment prendre du recul ? Peut-être lorsque l’on est assis dans un coin, que l’on vient de vomir et que l’on se rend compte trop tard que l’on a signé... Ou bien que l'on prévoie la possibilité que dans quelques heures on aura plus rien à perdre... Dans ce jeu, il fallait oublier sa dignité, c'est un fait, mais pourquoi s'en prendre à sa pauvre femme ? Richard se baissa légèrement, comme pour simuler un malaise, et de sa main libre, dans une doublure spéciale de son pantalon, il s'en empara.
- PUTAIN ! Il a un flingue ! Non, ce n'est pas la bonne réponse ! Calmez-vous Richard... Où est la sécurité ?
Le présentateur blêmit, peut-être le seul comportement humain dont il était capable après tout ?
- Pas de panique dans le publique ! Tout se passera bien ! Merde ! Il a buté le clébard ! Putain, non !
Il hurlait de terreur cette fois-ci. Il essaya désespérément de reprendre son souffle et doucement, pour calmer le candidat il articula quelques mots...
- Richard ne tirez pas ça ne servirait à rien : votre femme est décédée hier-soir dans la nuit.
Deux coups de feu retentirent.
- Il a tiré ! Je saigne ! Je perds mon sang ! Où est la sécurité ? GENERIIIIIIIIIIIQUE ! Envoyez c't'enculé de générique !!!!
Richard tira une nouvelle balle, cette fois entre les yeux de Kevin. Son crâne explosa. Puis la sécurité arriva... enfin... Le candidat retourna simplement le revolver contre lui et appuya sur la détente.
Une semaine plus tard, dans le New-York Times, on appris que l'argent qui n'était pas gagné par les candidats dans le jeu BloodyFinger, était le salaire du fameux présentateur. Les dires ont été prouvés mais personne n'osa porté plainte.
Un mois plus tard, un nouveau jeu télévisé arriva pour remplacer le mythique BloodyFinger.
Quelques questions... dans une prison... 5 détenus sur une chaise électrique... 10 caméras, des gros plans, sauront-ils gagner leur liberté ou vont-ils mourir ? ...
Fin (?)
Kenji - 2002 Nantes
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